C’est l’un des paradoxes les plus visibles du recrutement français : l’âge figure parmi les critères de discrimination interdits, et pourtant une grande partie des formulaires de candidature réclament une date de naissance, parfois en champ obligatoire.
Les deux faits ne se contredisent pas. Ils décrivent deux moments différents.
Faut-il mettre sa date de naissance sur son CV ?
Non, et rien ne t’y oblige.
Aucun texte n’impose de faire figurer une date de naissance, un âge, une situation familiale ou une photo sur un CV. Ces mentions sont facultatives, et la décision de les inclure t’appartient entièrement.
Le raisonnement de fond est simple : un CV sert à démontrer que tu sais faire le travail. Ton identité civile se vérifie à l’embauche, sur des documents prévus pour cela, et pas une minute avant.
Beaucoup de candidats retirent donc cette ligne, et c’est un choix défendable. Il ne rend pas ton CV suspect : la pratique est assez répandue pour qu’aucun recruteur ne s’en étonne.
Un recruteur a-t-il le droit de demander ton âge ?
La question mérite une réponse en deux temps, parce que les deux moitiés sont souvent confondues.
L’article L1132-1 du code du travail interdit d’écarter quelqu’un d’un recrutement en raison de son âge, parmi une liste de critères protégés qui compte l’origine, le sexe, l’état de santé ou les convictions.
L’article L1221-6 ajoute la règle qui vaut pour toute information demandée : elle ne peut viser qu’à apprécier la capacité à occuper le poste, et doit avoir un lien direct et nécessaire avec l’emploi.
Poser la question n’est donc pas automatiquement illégal. Ce qui est illégal, c’est de s’en servir pour écarter. Et comme l’âge n’a presque jamais de lien direct et nécessaire avec la tenue d’un poste, la demande est le plus souvent une habitude administrative plutôt qu’un besoin réel.
Quand la date de naissance est-elle vraiment nécessaire ?
Il existe des cas où elle l’est, et les reconnaître évite de voir une discrimination partout.
Les contrats en alternance. L’apprentissage et le contrat de professionnalisation comportent des conditions d’âge, avec des dérogations. Un formulaire d’alternance qui demande une date de naissance pose une question pertinente.
Les métiers réglementés. Certains postes supposent la majorité, un âge minimum, ou des restrictions liées au travail de nuit ou à des machines dangereuses.
L’embauche elle-même. La déclaration préalable à l’embauche, le contrat et la paie exigent une date de naissance. Elle est nécessaire, simplement pas au stade où on te la demande souvent.
La ligne de partage est celle du code du travail : la nécessité, pas la commodité.
Que faire quand le champ est obligatoire ?
Renseigne-le exactement.
La tentation d’ajuster une date pour paraître plus jeune se comprend, surtout après plusieurs refus. Elle se retourne systématiquement : la date figure sur la pièce d’identité que tu présenteras à l’embauche, et l’écart transformera une contrainte de formulaire en question de loyauté.
Rappelons aussi la proportion : ce champ est rarement éliminatoire en lui-même. Il alimente un dossier administratif, là où d’autres questions écartent automatiquement, comme la nationalité et l’autorisation de travail ou la disponibilité.
Faut-il retirer les dates de son parcours ?
Rarement, et l’effet obtenu est souvent l’inverse de celui recherché.
Un CV sans aucune date se lit mal. Le recruteur ne peut plus reconstituer une progression, ni savoir si une expérience a duré six mois ou six ans. Et l’absence, pour quelqu’un qui lit des CV toute la journée, se remarque immédiatement : elle attire l’attention sur ce qu’elle voulait masquer.
L’ajustement raisonnable consiste plutôt à :
- garder les dates des dix à quinze dernières années, celles qui portent la compétence utile ;
- condenser ce qui précède en une ligne de synthèse sans détail annuel ;
- retirer l’année d’obtention d’un diplôme ancien, qui n’apprend plus rien à personne.
Le CV gagne en lisibilité, ce qui est de toute façon l’objectif, comme le détaille notre article sur le format d’un CV lisible par un logiciel.
Le CV anonyme change-t-il quelque chose ?
Partiellement, et il faut savoir jusqu’où va la protection.
Le code du travail prévoit que dans les entreprises d’au moins cinquante salariés, les informations écrites communiquées par un candidat soient examinées dans des conditions préservant son anonymat.
Mais l’anonymat porte sur l’identité, pas sur le parcours. Un CV anonymisé conserve les dates d’expérience, et « quinze ans dans le métier » situe une tranche d’âge aussi sûrement qu’une date de naissance. La protection est réelle au premier tri, moins au second.
Autrement dit, le CV anonyme réduit le biais d’un coup d’œil, il n’efface pas l’information.
Que faire si tu penses avoir été écarté à cause de ton âge ?
Le sujet dépasse le remplissage d’un formulaire, mais quelques repères aident.
Les indices qui comptent sont écrits : une question insistante sur l’âge ou sur des « projets à dix ans » adressée à un candidat expérimenté, une mention d’équipe jeune, un refus qui évoque une durée de carrière restante. Un échange oral ne laisse pas de trace, un courriel oui.
Le Défenseur des droits peut être saisi gratuitement, et conduit des campagnes de tests de discrimination sur ce critère précis.
Cela dit, la plupart des refus ne sont pas discriminatoires, et l’énergie dépensée à en analyser un est rarement rentable. Elle vaut mieux quand le motif est explicite et écrit.
Comment Tontaf traite ce champ ?
L’extension reporte la date de naissance de ton profil quand un formulaire la réclame, et ne la calcule ni ne la déduit d’aucune autre donnée.
Elle ne l’ajoute jamais spontanément : si un formulaire ne la demande pas, elle n’est pas envoyée. C’est la même règle que pour toutes les informations facultatives, y compris celles qui peuvent te desservir, et elle vaut aussi pour les données que tu es seul à pouvoir décider de partager comme la reconnaissance de travailleur handicapé.